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Je ne suis pas née comme “tout le monde”, enfant de personne, sans père ni mère, sans identité réelle, sans racine puisque née sous X le 15 mai 1958 à Besançon ; en termes clairs je ne suis qu’un prénom : Véronique, donné par ma mère biologique.

 

Pour pallier à ce X l’officier d’état civil m’a affublé d’un nom de famille de son choix “Marie”.

 

Le procès-verbal d’abandon a été établi le 21 mai 1958, j’ai alors été admise dans le service d’aide sociale à l’enfance du Doubs sous le numéro 439 dans la catégorie “trouvés”. Et je peux vous dire que la première fois que vous lisez ce “trouvés” ça fait mal, trouvé comme un chien sans papier ou dans une poubelle....

 

J’ai donc été placée comme pupille de l’état à la pouponnière “Châteaufarine” de la DDASS, toujours à Besançon. Ma mère biologique, en signant l’acte d’abandon, avait exprimé par écrit sa volonté pour que je sois adoptée. Chose qui a été réalisée en octobre 1958 puisque j’ai été confiée à une famille en vue de mon adoption plénière.

 

Voici ma première photo prise par mon père adoptif, j’ai six mois.

 

Le tribunal de grande instance de Saône et Loire a prononcé le 24 juillet 1959 ma légitimation adoptive. Tout à coup, par un coup de baguette magique et d’actes administratifs j’existais....... j’avais une identité, toujours aussi fausse mais j’avais des “parents” et une “famille”. J’étais devenue Patricia à la demande de ma mère adoptive. Je n’avais pourtant que Véronique comme réel, comme racine, comme origine.

 

Voilà... j’ai un peu plus d’un an et je suis quelqu’un.....

 

J’ai toujours su que j’ai été adoptée et j’en suis reconnaissante à mes parents adoptifs. La blessure est peut être moins importante que de l’apprendre fortuitement, beaucoup plus tard, parfois même à un âge avancé.

 

L’adoption c’est très bien, j’y ai reçu une excellente éducation et beaucoup plus d’attention que si j’étais restée dans un foyer de la DDASS, c’est indéniable.

 

Mais un bébé grandit et change.... parfois il ne correspond pas aux critères physiques ni aux espérances de la “famille”. Ce fut mon cas : tous très grands, minimum 1m70, je suis petite ; tous très bruns, je suis châtain roux ; tous des intellectuels et des “matheux”, ça a toujours été ma “bête noire”. J’ai toujours été comparée à mes cousins, cousines et aux espoirs déçus de ma mère adoptive, mais pas à ceux de mon père adoptif, c’est pourtant son nom à lui dont il m’a fait cadeau, car ils ont divorcé quand j’étais encore enfant, et mon père adoptif est décédé quand j’étais toute jeune adulte.

 

Quand je faisais une bêtise j’entendais dire que cela devait être du à “mes antécédents”, “qu’on ne savait pas d’où je sortais”.... Antécédent est le premier mot que j’ai cherché dans un dictionnaire et j’en connais, par force, très bien la signification.

 

Adolescente on me demandait si cela ne me gênait pas de m’incruster dans la famille, que répondre ? que dire ? que faire ?

 

Me voilà à dix huit ans.

 

A leurs décharges je n’ai pas été facile, très difficile même et rebelle, je me suis toujours sentie une intruse, je n’ai jamais eu de place, je l’ai cherchée pendant des années..... jusqu’au décès de ma mère adoptive il y a trois ans maintenant.

 

Depuis, en dehors de mon frère adoptif j’ai coupé volontairement les ponts avec les autres membres de ma famille adoptive étant considérée comme une intruse rien ne servait de maintenir le lien.

 

Je cherche à recoller les morceaux, à rendre nette l’image floue que me renvoie le miroir. Car, même avec la naissance de mes trois enfants et le temps qui passe ce “vide” est toujours omniprésent. C’est une blessure lancinante, jamais refermée qui ne demande qu’à redevenir béante sur un seul mot, une simple image ou un geste banal.

 

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