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Savoir tel est le mot.
Je me suis toujours heurtée à un mur de silence auprès de ma famille adoptive “il ne faut pas savoir, cela ne sert à rien, de toutes façons elle ne voulait pas de moi, elle ne m’aimait pas elle m’a abandonnée”. Mais je reste persuadée qu’elle sait quelque chose puisque mes parents adoptifs m’ont obtenue par relation.
Pendant des années, l’époque où toutes recherches étaient vouées à l’échec car sans aucune possibilité administrative d’essayer de remonter à la source, j’ai fait semblant d’oublier, j’ai essayé de vivre avec ce mal qui me rongeait et qui me ronge toujours d’ailleurs.
Heureusement toutes les lois, même les plus imbéciles et inhumaines évoluent ; le droit à l’accès aux dossiers en est la preuve, même si dans la pratique ce droit est souvent bafoué.
Ces dernières années les différents médias s’intéressent beaucoup plus aux personnes recherchant leurs histoires et leurs racines. C’est comme cela, en regardant la télévision que j’ai vu quelqu’un qui recherchait ses parents biologiques et que j’ai eu les coordonnées de certaines associations telles que la CADCO (Coordination des Actions pour le Droit à la Connaissance des Origines).
En prenant contact avec eux cela a été pour moi une bouffée d’oxygène. Comme je n’avoue pas mon état de née sous X je n’ai personne à qui en parler, et là, avec eux, je me suis rendue compte que j’étais loin d’être la seule (nous sommes environ 400 000 en France) et rien de tel que de pouvoir partager des idées, des histoires, des vécus, des ressentis tous différents mais tous aussi si semblables.
L’aide des membres de la CADCO et de l’ADONX (Association pour le Droit aux Origines des enfants Nés sous X) m’est infiniment précieuse. Grâce à eux, j’ai su comment débuter et orienter mes recherches, avoir des conseils, de l’aide et un précieux soutien moral. Il existe d’ailleurs trois fois par an des réunions “officielles” au “Père Tranquille” à Paris, mais nombreux sont ceux qui se rencontrent en dehors de ce lieu et de ces dates, nous sommes en quelque sorte une “grande famille” et nous nous serrons les coudes, nous épaulons autant que nous le pouvons.
Depuis 1996, avec beaucoup de patience, d’attente, d’espoir et de désespoir, j’ai réussi à obtenir certains renseignements.
En consultant mon dossier DDASS j’ai eu la chance de trouver, inscrites dans la marge du procès-verbal d’abandon, quelques informations notées par l’assistante sociale (j’ai retrouvé sa trace mais elle était malheureusement décédée six mois auparavant) dont je me sers pour essayer de remonter à la source ainsi qu’une lettre manuscrite écrite depuis la ville de Metz de ma mère biologique.
En contactant l’école Pigier de Metz, j’ai pu obtenir d’autres renseignements , sont-ils bons...., grâce aux dates et au prénom “Agnès”, j’ai un nom de famille M-----, extrêmement courant dans l’est de la France, une date de naissance : 1er octobre 1938 et une adresse ancienne : 31 rue Marchand à Metz, qui ne correspond plus. Mais est-ce réellement la bonne piste ?
Pourtant, j’ai eu un besoin vital d’aller visiter Metz, de me rendre à cette
adresse. J’ai consulté les listes
Je consulte également les listes électorales de toutes les villes où apparaissent dans l’annuaire le nom et le prénom que je cherche. Pour l’instant mes recherches sont vaines et il y a de grandes chances qu’elles se restent, c’est pire que de chercher une aiguille dans une botte de foin.
J’ai réussi , au bout de plusieurs années de persévérance, à obtenir mon acte original de naissance (tout dépend de la bonne volonté du procureur), il n’y a pas eu de miracle.... je suis Véronique Marie, “trafiquée” par la suite. Simplement je ne suis pas née à l’hôpital comme il est inscrit dans mes papiers mais chez une sage-femme. C’est elle qui m’a déclarée à l’état civil, j’ai retrouvé très rapidement sa trace, par l’intermédiaire de son Ordre, malheureusement malgré son âge peu avancé elle était décédée depuis 5 ans. Je rencontre souvent la mort sur ce parcours, c’est elle qui ferme les portes encore ouvertes.
Ayant été baptisée le lendemain de ma naissance, je suis allée, très récemment, à l’archevêché du Doubs pour consulter les registres des baptêmes. Sur conseils judicieux, je me suis présentée comme amie de la personne recherchant et non pas pour moi-même. Le prêtre a ouvert totalement le registre, où je suis Véronique X, ainsi que ses fiches des “nés sous X” où d’ailleurs je ne figure pas, et nous avons pu relever toutes les informations voulues, mais hélas il n’y a pas eu de miracle.
Avec l’aide de personnes rodées aux techniques de recherche en généalogie nous avons suivi la piste “d’Agnès M.” de Metz, nous avons pu avoir de plus amples renseignements via les recensements et les actes d’état civil que j’ai demandé.
Et le miracle a eu lieu....
Je ne cherche plus, maintenant JE SAIS !!!!!
Les renseignements figurant sur mon acte d’abandon étaient véridiques, j’avais en ma possession, depuis 1999, l’état civil exact de ma mère de naissance. C’est bien Agnès, elle est bien de Metz, elle y vit toujours. Elle a bien été à l’école Pigier par laquelle j’avais obtenu le maximum d’indices.
Une personne habituée à pratiquer la mise en relation a pris contact par téléphone avec elle car il est hors de question, même si Agnès figure dans l’annuaire, que je rentre moi-même en contact, d’ailleurs j’en serais bien incapable et je ne veux en aucun cas comme je l’ai déjà précisé plus haut mettre la “pagaille” dans sa vie. Agnès a reconnu que j’étais sa fille..... ce vendredi 21 octobre 2005.
Alors, il faut laisser du temps au temps pour elle comme pour moi et qui sait, peut-être qu’un jour une rencontre pourra avoir lieu........
Mais, je ne suis plus née sous X, j’ai une histoire, des racines, une origine, je suis enfin quelqu’un même si plus d'un an après je n'ai aucun signe de vie de sa part.
En ce mois de juillet 2007, je n'ai toujours aucun signe de vie, ce temps qui passe me paraît infini et l'association qui m'a aidée dans mes recherches n'est pas ce que je croyais. Une fois ma mère bio localisée pour eux l'aide est terminée ; ce qui compte ce sont les résultats de "localisation" pas les retrouvailles effectives. Vous êtes lâchés avec vos doutes, vos espoirs et vos désespoirs...
J'ai pris une grande décision qui me trottait dans la tête depuis fort longtemps, je vais lui écrire. Mon fils aîné se marie l'année prochaine peut-être cela la fera-t-elle réagir ? Je n'en ai aucune idée mais je ne peux passer à côté de ce moment inoubliable pour des parents ou grands parents. Je vous tiendrai au courant de la suite des évènements.
Nous sommes fin novembre 2007 et.... je n'ai commencé que trois phrases à ma fameuse lettre... vais je la finir un jour ? je ne le sais même pas, il faudrait que je me décide vraiment à écrire mais il est vrai que j'ai peur d'écrire dans le vide, qu'une autre personne qu'Agnès "tombe" dessus, alors je ne sais pas. Le temps passe vite, très vite... Le mariage de mon fils s'approche à grands pas plus que 6 mois à attendre...
Ça y est !!! c'est fait... ma lettre est partie en date du 3 janvier 2008. Je reconnais qu'il m'a été très difficile de l'écrire mais des amis m'ont largement encouragée et très fortement poussée. Il ne reste plus qu'à attendre le résultat.... Pourtant, je n'ai pas beaucoup d'illusions, d'ailleurs on ne rattrape pas le temps et surtout c'était son choix en 1958, sera-t-elle capable d'en changer presque 50 ans après...
En ce mois de mars 2008, j'ai envoyé le faire-part de mariage de mon fils à Agnès comme à tout membre de notre entourage. N'ayant pas eu le moindre signe de vie après celle du mois de janvier, nous nous doutons bien que celui-ci restera "lettre morte", mais elle sait qu'elle est attendue, sans jugement, sans demande juste avec un accueil réservé à une grand-mère et une mère.
Ce 21 juin, mon fils s'est marié, ce fut une fête inoubliable, magique, remplie d'émotions les plus fortes de ma vie. Agnès n'a donné aucun signe de vie, tout le monde le savait... maintenant que les photos sont développées je vais lui en envoyer une, juste pour info... Et peut-être qu'un de ces jours je pourrai lui envoyer un faire part de naissance, cette fois-ci...
Et un immense merci à toutes celles et ceux qui m’ont aidée et soutenue.
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